Concours photos : La recherche en images

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CBSI Network

À l’occasion de la Journée mondiale de la photographie, l’Initiative Science pour le Bassin du Congo (CBSI), en collaboration avec son initiative partenaire française One Forest Vision (OFVi), a invité ses chercheurs à mettre en lumière leur travail à travers une photographie illustrant un aspect de leurs recherches. L’objectif de ce concours était de raconter la science à travers celles et ceux qui la vivent au quotidien, mais aussi de mettre en lumière les réalités du terrain qui se cachent derrière les données et les résultats scientifiques.

Parmi les candidatures reçues, la CBSI et OFVi ont sélectionné six photographies offrant un aperçu de la diversité des recherches menées à travers le bassin du Congo. Ces six images ont ensuite été partagées avec leurs communautés en ligne, qui ont été invitées à voter pour leurs photographies préférées. À travers ce vote du public, les initiatives ont offert une occasion unique de rapprocher la science, le récit et la photographie, tout en donnant une plus grande visibilité aux chercheurs et à leurs travaux.

Gagnant du concours photos : « Observer, mesurer, comprendre : trois gestes au cœur de la recherche de terrain », Styven Mahoungou, lors de sa mission de terrain au Parc national d’Odzala-Kokoua, en République du Congo

Avec 300 voix sur 526, Styven Mahoungou, étudiant CBSI et l’un des 31 boursiers du projet CRAFT, financé par UK International Development, a remporté la première place du concours. Styven est un doctorant à l’Université Marien Ngouabi au Congo-Brazzaville et son projet de thèse est intitulé : Mesurer et cartographier la reconstruction écologique des forêts tropicales : vers un cadre intégré d’évaluation de la récupération des écosystèmes dans le Bassin du Congo. Sa photo « Observer, mesurer, comprendre : trois gestes au cœur de la recherche de terrain » montre Styven lors de sa mission de terrain au Parc national d’Odzala-Kokoua, en République du Congo, dans le cadre d’un axe de sa thèse sur la dynamique de régénération des forêts secondaires. L’objectif était de mieux comprendre comment les communautés forestières se reconstruisent après perturbation, en suivant notamment l’évolution de leurs caractéristiques fonctionnelles au cours de la succession. Sur la photo, Styven est en train de prélever des feuilles dans la canopée à l’aide d’un Notch Big Shot. Styven et son groupe sélectionnaient les espèces les plus abondantes dans les parcelles et prélevions des feuilles matures à différentes positions dans la canopée. Ces échantillons servaient ensuite à mesurer plusieurs traits fonctionnels, notamment la réflectance spectrale, la surface, l’épaisseur, la teneur en eau, ainsi que les concentrations en carbone et en azote.

Pour moi, cette photo représente donc bien cette rencontre entre le terrain et la science : un geste très simple, atteindre une feuille dans la canopée qui permet finalement de poser des questions sur le fonctionnement et la trajectoire de récupération des forêts du bassin du Congo.

L’idée scientifique derrière ce travail est que les feuilles constituent une véritable interface entre l’arbre et son environnement. Leurs traits renseignent sur les stratégies de croissance, l’acquisition et la conservation des ressources, et peuvent ainsi évoluer avec la succession forestière. Styven cherche donc à comprendre comment le remplacement progressif des espèces pionnières à croissance rapide par des espèces plus tolérantes à l’ombre s’accompagne d’un changement des stratégies fonctionnelles de la forêt, une perspective centrale pour comprendre les trajectoires de récupération des forêts tropicales.

Ce qui me plaît particulièrement dans cette approche, c’est le changement d’échelle qu’elle permet : d’un échantillon de feuille prélevé à plusieurs mètres au-dessus du sol jusqu’à la caractérisation de la canopée, puis à l’observation satellitaire du paysage.

Les mesures de terrain sont ainsi utilisées pour modéliser la réflectance de la canopée et établir un lien avec les données Sentinel-2, avec l’ambition de suivre la reconstruction des forêts à une échelle beaucoup plus large.

Avec 100 voix, étudiant CBSI Roger Mpolo Itoto, un doctorant boursier du projet CRAFT, a remporté la deuxième place.

Roger Mpolo Itoto lors de sa toute première mission de terrain dans la Réserve Scientifique de Mabali, en République démocratique du Congo.

Cette photo a été prise lors de sa toute première mission de terrain dans la Réserve Scientifique de Mabali, en République démocratique du Congo, dans le cadre de mon projet de thèse intitulé : « Effets de différents usages des terres sur la distribution mammalienne dans la zone de la Réserve Scientifique de Mabali, en République démocratique du Congo ».

Cette mission représentait pour moi le véritable début d’une aventure scientifique sur le terrain d’une autre envergure.

L’objectif de Roger était de mettre en place le plan d’échantillonnage qui allait servir de base aux investigations de lui et son équipe. À l’aide de QGIS, ils avaient généré une grille systématique ainsi que des points théoriques aléatoires. Il fallait ensuite se rendre sur le terrain, parcourir la forêt et installer les caméras-pièges sur les différents points prédéfinis.

« Sur le terrain, la réalité est bien différente de celle que l’on observe sur un écran : marcher pendant des heures dans la forêt, se frayer un chemin, s’orienter et rechercher précisément les points d’échantillonnage demandent beaucoup de patience, d’endurance et de détermination. Mais chaque étape est aussi une occasion unique d’apprendre et de mieux comprendre cet environnement exceptionnel. »

L’étude couvre différents types d’usages des terres : la Réserve Scientifique de Mabali, les forêts communautaires et les concessions forestières. L’objectif est de comprendre les facteurs qui influencent la distribution des grands mammifères et, plus largement, de contribuer à une meilleure connaissance et à la conservation de la biodiversité du bassin du Congo.

Pour moi, cette photo symbolise donc bien plus qu’un simple moment de terrain. Elle représente le début d’un parcours de recherche, une immersion au cœur de la forêt et un engagement pour mieux comprendre et préserver notre biodiversité.

Nous félicitons Styven et Roger pour leurs travaux exceptionnels et exprimons notre gratitude à tous les participants qui ont contribué au concours en partageant leurs photographies et en prenant part au vote.

Galerie des quatre autres photographies du concours :

Troisième place avec 45 voix :

Arrivée mission scientifique en pirogue dans la région Likouala-Mossaka, République du Congo © Yannick Garcin
Vue verticale de la canopée à différents niveaux de zoom, révélant floraisons, fruits, lianes © P.P
Thèse OFVi sur la coexistence entre les éléphants de forêt (Loxodonta cyclotis) et les communautés locales © Elise Augier.
Etudiant CBSI-CRAFT de l’observatoire de la socio-écologie lors d’une mission sur le terrain © Dalley-Divin Kambale Saa-Sita