Gestion paysanne des agroforêts de cacao et de café : contribution des ligneux aux revenus des producteurs (Centre et Noun)

Université de Dschang

MRes, Faculté d’Agronomie et des Sciences Agricoles – Département de Foresterie, Université de Dschang, Cameroun

MRes

Jules Trevor Makalla Kengni

MRes, Faculté d’Agronomie et des Sciences Agricoles – Département de Foresterie, Université de Dschang, Cameroun

Résumé du projet

Trevor est titulaire d’un Master II Economie et Sociologie Rurale, Faculté d’Agronomie et des Sciences Agricoles (FASA), Bafia, Cameroun. Il a obtenu son MRes dans la FASA, Département de Foresterie, avec succès. Le projet de Trevor s’intitule Gestion paysanne des agroforêts de cacao et de café : contribution des ligneux aux revenus des producteurs (Centre et Noun).

Au Cameroun, le cacao et le café constituent des cultures de rente majeures, représentant historiquement environ 28 % des exportations de produits non pétroliers et 40 % des exportations du secteur primaire. La crise caféière des années 1980-1990 a profondément reconfiguré les systèmes de production : les producteurs ont adopté des stratégies de diversification en intégrant cacaoyers, palmiers à huile et espèces fruitières dans leurs exploitations, donnant naissance à des systèmes agroforestiers complexes (Azaou et al., 2020 ; Ngomeni et al., 2023). Dans le département du Noun à l’Ouest Cameroun, berceau de la caféiculture robusta, et dans celui de la Lékie au Centre Cameroun, principale zone cacaoyère, cette diversification a abouti à des agroforêts multiculturelles associant caféiers, cacaoyers et espèces ligneuses diverses (Ndonmou et al., 2023). Dans ce contexte, l’agroforesterie constitue un système de gestion des ressources naturelles qui, grâce à l’intégration des arbres dans les exploitations agricoles, permet de diversifier et de soutenir la production, et d’accroître la résilience des paysages et des moyens d’existence en milieu rural (Harmand & Seghieri, 2019).

Malgré ce contexte favorable à la valorisation des agroforêts et l’entrée en vigueur de la RDUE dans les années à venir, plusieurs lacunes scientifiques persistent. Des études ont documenté la diversité floristique des agroforêts cacaoyères dans certaines zones du Centre et de l’Est Cameroun (Sonwa, 2007 ; Temgoua et al., 2018 ; Tane et al., 2023), malgré quelques études sur la composition floristique des agroforêts caféières et cacaoyères dans les zones de l’Ouest Cameroun (Noun) et du Centre (Lékie) du chemin reste encore à faire pour sa caractérisation entière. Par ailleurs, les pratiques de gestion paysanne, les mécanismes de sélection des espèces, les usages et les logiques de décision des producteurs sont peu documentés dans ces zones. Enfin, la contribution économique effective des espèces ligneuses associées aux revenus des ménages agricoles demeure sous-évaluée.

La question principale à laquelle cette étude se propose de répondre est la suivante : comment sont gérées les agroforêts cacaoyères et caféières par les producteurs et quels revenus tirent-ils des espèces ligneuses associées aux cultures de rente principales ?

De cette question principale découlent les questions secondaires suivantes :

  • Quelle est la composition floristique des agroforêts à base de cacao et de café dans les zones du Noun et de la Lékie ?
  • Quels sont les modes de gestion des agroforêts à base de cacao et de café ?
  • Quelles sont les valeurs d’usage et la contribution des espèces ligneuses aux revenus des agriculteurs ?
  • Quels sont les facteurs influençant la performance économique des agroforêts à base de cacao et de café ?

L’approche méthodologique utilisée a consisté à l’analyse de la composition floristique et des pratiques de gestion des agroforêts de cacao et de café, l’analyse économique de la contribution des ligneux aux revenus des producteurs et enfin l’analyse des facteurs influençant la contribution des ligneux aux revenus des agriculteurs. La fonction de production des cultures pérennes de Nerlove, l’analyse coûts-avantages et la méthode d’évaluation des valeurs d’usage multiples ont été mobilisées pour répondre à ces questions.

Résultats attendus

Sur le plan de la composition floristique, les résultats confirment l’existence de deux systèmes agroforestiers aux logiques radicalement différentes. La Lékié présente une agroforêt complexe à caractère forestier (36 espèces, H’ = 3,03), héritée de la dynamique naturelle de la forêt dense humide et enrichie de manière passive par régénération naturelle. Le Noun présente un système agroforestier intentionnellement construit (18 espèces, H’ = 2,32), dominé par des espèces cultivées à usages alimentaires et commerciaux directs.

Sur le plan des modes de gestion, la présente étude a mis en évidence une pluralité de trajectoires agroforestières caractérisées par la typologie en trois clusters : des producteurs caféiers traditionnels extensifs (Cluster 1, Noun), des producteurs cacaoyers commerciaux semi-intensifs orientés marché (Cluster 2, Lékié) et des producteurs caféiers intensifs spécialisés à haute productivité mais à bénéfice net déficitaire (Cluster 3, Noun). Cette diversité de trajectoire, illustre que les systèmes agroforestiers cacao-café du Cameroun ne constituent pas un modèle homogène mais reflètent des logiques d’adaptation différenciées aux conditions locales.

Sur le plan des valeurs d’usage et de la contribution économique, les espèces ligneuses jouent des rôles multifonctionnels confirmés par les données de la méthode des cailloux : alimentation familiale, commercialisation de PFNL, ombrage régulateur, amélioration de la fertilité des sols, et pharmacopée locale. La contribution des PFNL aux revenus agricoles est la plus marquée dans le Cluster 1 (21,7 %) où elle joue un rôle de diversification du revenu, et constitue un véritable tampon économique dans le Cluster 3 (compensant 75 % du déficit courant). Ces chiffres confirment la pertinence économique du maintien d’espèces ligneuses diversifiées dans les agroforêts.

Sur le plan des facteurs de performance, l’analyse Probit a mis en évidence que l’appartenance à une organisation paysanne ou coopérative constitue le déterminant le plus significatif de la performance économique (AME = + 20,3 %), devant la superficie de l’agroforêt et l’accès au marché. Cette hiérarchie des déterminants varie cependant selon les clusters, soulignant la nécessité d’interventions différenciées et contextualisées pour améliorer les revenus des producteurs. L’effet négatif de la vulgarisation agricole sur la performance économique renforce la conclusion l’inadéquation fréquente des messages de vulgarisation standardisés avec la complexité des systèmes agroforestiers.

Publications

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Encadreurs secondaires

Date de début

1 novembre 2025

Date de fin prévu

30 septembre 2026

OBSERVATOIRE

Végétation, sols et carbone

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